Démarche du questionnaire: 

Pourquoi faire un questionnaire ?
      Dans le cadre de l’engagement de CentraleSupelec contre le sexisme et les violences sexuelles et sexistes, Çapèse a pu depuis quelques années mettre en place des mesures innovantes: staffeurs en soirée dédié.e.s à la prévention, amphi de prévention, initiation aux questions féministes, sensibilisation sur les inégalités de représentation des femmes dans l’école et le milieu associatif, dispositifs pour accueillir la parole des victimes. Le questionnaire, réalisé en juin 2021, vient d’une demande du Conseil d’Administration de CentraleSupélec : l’objectif était de faire un bilan des VSS sur l’année scolaire 2020/2021 dans l’école, pour mieux appréhender les schémas récurrents, afin de les anticiper et de définir les dispositifs de lutte adaptés. Les points clés de ce questionnaire :

  • Le questionnaire est anonyme donc permet aux victimes de ne pas s’exposer et de s’exprimer librement : nous le rappelons explicitement en début de questionnaire, avec la politique de protection des données de l’école, pour apporter aux victimes l’assurance de la sécurité sans aucune pression quelconque.
  • Les termes de viol, agression sexuelle, harcèlement sexuel et propos sexistes sont explicités par les définitions pénales qui s’y rapportent, pour permettre aux victimes de mettre des mots sur les agressions qu’elles ont subi.

Limites et avantages du questionnaire : 

Partie témoins et informés:
      Partie témoins et informés: Seule la partie Victime du questionnaire permet de faire un véritable état des lieux des VSS pendant l’année scolaire. En effet, on ne peut pas savoir avec ce questionnaire si plusieurs témoins, ou si plusieurs personnes rapportant une VSS parlent de la même VSS. Les résultats de ces deux parties ne sont donc pas vraiment exploitables. Ils ont néanmoins pour intérêt de mieux identifier les mécanismes récurrents.

L’anonymat:
      L’anonymat permet de laisser aux victimes le temps de comprendre et de traiter leur vécu. Il s’agit de les respecter les victimes et de ne pas exacerber leurs traumatismes. Notamment, témoigner n’engage pas de poursuites juridiques immédiates envers les coupables. Ainsi, cela ne force pas les victimes à décider immédiatement des suites à donner.

Cependant l’anonymat peut compliquer l’interprétation des questionnaires lorsqu’ils ne sont pas accompagnés de témoignages écrits détaillés, qui eux permettent de corroborer les réponses.

Conclusion: En encourageant les témoignages, l’anonymat tente d’évaluer la situation à sa réelle ampleur. De plus, il respecte les victimes suite à un vécu traumatisant.

Le contexte des VSS :
       Après la publication des résultats, beaucoup de réactions se sont concentrées sur la problématique des soirées et de l’alcool. Mais le questionnaire permet difficilement de distinguer les différents contextes de VSS commises par des élèves. Par exemple, on ne peut pas savoir si les victimes connaissaient leur agresseur, ou si l’agression avait eu lieu en soirée. Des changements possibles :

  • détailler les réponses aux questions sur les auteurs des VSS, en ajoutant des options “mon/ma compagnon/compagne”, “une connaissance”…
  • détailler les réponses aux questions sur le lieu, en rajoutant “en soirée privée”, “en soirée de l’école” et en gardant l’option “sur la résidence” (pour distinguer le contexte de la soirée)

Implémentation du questionnaire : 

Le questionnaire a été implémenté sur LimeSurvey. CentraleSupélec utilise ce site pour implémenter les questionnaires et sondages qu’ils font passer à l’échelle de la promotion et utiliser cet outil nous a paru être une bonne idée.

L’école donne accès à Limesurvey à tous ses élèves (comme pour la suite Office par exemple), ce qui nous a permis de l’utiliser. Le site permet de créer des branches de questions : les gens n’ont pas à répondre, ou même à lire les questions qui ne les concernent pas (par exemple, les questions sur la prise en charge et le contexte de la VSS n’apparaissaient que si le/la répondant.e répondait positivement à la question précédente). Les répondant.e.s n’avaient donc pas à passer une dizaine de questions s’ils/elles n’étaient pas concerné.e.s. Le questionnaire qui faisait une centaine de questions pouvait donc se résumer à une dizaine de questions pour celles et ceux qui n’avaient pas subi de VSS.

Il peut donc être intéressant de chercher auprès de l’administration de l’école s’ils utilisent ce site et/ou leur demander un accès pour créer un questionnaire similaire.

Pour faciliter l’implémentation, certaines questions du document du questionnaire commencent par « si la réponse à la question 2.3.1 est « oui » alors : » : cet intitulé ne figure bien sûr pas dans le questionnaire pour les répondant.e.s.

Interprétation des résultats : 

Dans les médias, dans lesquels la communication avait pour objectif de témoigner d’une tendance générale, seuls quelques chiffres sont sortis, mais le questionnaire permet de réaliser des statistiques plus détaillées. Nous tenions donc à vous faire part de quelques remarques sur ce travail de traitement des résultats. Pour le traitement statistique pur, il y a des commandes sur Excel et sur LimeSurvey qui permettent de récupérer assez facilement les statistiques pour chaque catégorie de questions. Nous ne les avons pas détaillées ici mais si besoin, nous pourrons par la suite donner ces conseils techniques.

Un des points sensibles de ce questionnaire était d’éviter les faux témoignages. Déjà nous n’avons pris en compte que les personnes qui avaient terminé le questionnaire (sur LimeSurvey les réponses sont enregistrées même si la personne n’est pas allée jusqu’au bout). Nous ne pouvons évidemment pas assurer qu’il n’y ait pas eu de faux témoignage (« troll »), mais plus de la moitié des déclarations de viol étaient corroborées par un témoignage écrit. De plus, la présence éventuelle de faux témoignages n’invalide en aucun cas tous les vrais signalements.

A ce propos, la première question était « Je suis : – Une femme – Un homme – Non binaire » Comme vous l’avez peut-être remarqué, nous n’avons pas fait mention des personnes non binaires dans les chiffres que nous avons communiqués. En effet, trop de personnes ont coché cette case juste pour dénigrer les personnes non binaires. Au-delà du caractère très irrespectueux et profondément choquant de ces trolls, ces “blagues” qui n’ont fait rire personne nous ont empêché de faire un traitement statistique pour les personnes non binaires car les chiffres n’auraient pas été fiables.

Nous pensons qu’il est quand même important de garder cette case puisque, comme le montrent ces incidents à caractère discriminatoire, les personnes non binaires subissent violences et invisibilisation : il est donc important d’écouter ces personnes, et de les soutenir.

Questionnaire : 

Voici le questionnaire comme nous l’avons publié en juin dernier :